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Droits & Financement·06 septembre 2026·22 min de lecture

Tarification ternaire en EHPAD : pourquoi ce modèle ?

La tarification ternaire en EHPAD repose sur une division simple en apparence: le budget d’un établissement est réparti entre l’hébergement, la dépendance et les soins.

Tarification ternaire en EHPAD : pourquoi ce modèle ?

Tarification ternaire en EHPAD: pourquoi ce modèle?

Chacune de ces sections obéit à des règles de financement différentes, avec des payeurs distincts et des conséquences directes sur le reste à charge du résident.

Cette organisation, mise en place à la fin des années 1990, devait rendre plus lisible le financement des maisons de retraite médicalisées. Elle permet notamment de distinguer ce qui relève de l’Assurance Maladie, du conseil départemental et de la facture acquittée par le résident. Toutefois, la facture mensuelle adressée à la famille ne reproduit pas cette séparation de manière parfaitement intuitive. Une partie du tarif dépendance peut être couverte par l’APA, tandis que l’hébergement reste principalement dû par le résident, sauf intervention de dispositifs comme l’ASH ou les aides au logement.

Le fonctionnement de la tarification ternaire en EHPAD doit donc être lu à deux niveaux: celui du budget de l’établissement et celui du montant effectivement payé par la personne accueillie.

La structure budgétaire: trois sections, trois logiques de financement

La triple tarification en maison de retraite distingue trois sections tarifaires:

Section tarifaireCe qu’elle financeFinanceur principalEffet pour le résident
HébergementHôtellerie, restauration, entretien, animation et charges liées à la vie quotidienneRésident, avec aides possiblesConstitue généralement la part principale du reste à charge
DépendanceAide aux actes essentiels de la vie et accompagnement de la perte d’autonomieConseil départemental via l’APA, et résident pour le ticket modérateurVarie selon le niveau de dépendance et le département
SoinsPersonnel soignant, matériel médical et dépenses médicales liées à la prise en chargeAssurance Maladie, via la branche Autonomie et les ARSN’est pas facturé directement au résident comme une dépense d’hébergement

Cette répartition ne signifie pas que chaque dépense visible dans l’établissement appartient à une seule catégorie sans discussion. Le financement d’un EHPAD repose sur des règles comptables et réglementaires qui affectent les charges à une section déterminée. Le personnel, par exemple, peut relever de plusieurs financements selon la nature de ses missions. Le budget soins ne recouvre pas l’ensemble des dépenses de fonctionnement de l’établissement, pas plus que le tarif hébergement ne comprend les actes médicaux.

La logique est celle d’une prise en charge par destination. Les soins médicaux et paramédicaux relèvent de la solidarité nationale. L’accompagnement de la dépendance relève principalement de la solidarité départementale, avec une participation résiduelle du résident. Enfin, les prestations hôtelières sont assimilées à une dépense de vie courante et sont donc facturées à la personne accueillie.

La tarification ternaire ne divise pas seulement une facture en trois lignes: elle répartit les responsabilités financières entre trois niveaux de solidarité.

Le résident ou sa famille ne peut donc pas déduire le montant réellement dû en additionnant mécaniquement trois tarifs affichés. Le tarif dépendance est modulé par l’APA, le tarif hébergement peut être réduit par l’ASH ou une aide au logement, tandis que les soins sont financés en dehors de la facture d’hébergement.

Une séparation budgétaire qui ne correspond pas toujours à la facture

Dans la pratique, le contrat de séjour et les documents tarifaires de l’EHPAD présentent généralement un tarif hébergement et un tarif dépendance. La section soins est financée directement par l’Assurance Maladie: elle n’apparaît donc pas comme une ligne facturée au résident.

Cette absence peut créer une confusion. Une personne accueillie continue à payer certains frais de santé qui ne relèvent pas du forfait soins de l’établissement, notamment des dépenses personnelles ou des prestations extérieures selon leur nature et leur régime de prise en charge. Cela ne remet pas en cause le principe budgétaire: le budget soins de l’EHPAD est pris en charge par l’Assurance Maladie et ne doit pas être présenté comme une composante ordinaire du tarif hébergement.

À l’inverse, le tarif hébergement couvre des prestations qui ne sont pas médicales mais qui sont indispensables au fonctionnement quotidien de l’établissement: restauration, blanchisserie, entretien des locaux, mise à disposition de la chambre, accès aux espaces communs et activités collectives prévues par l’offre de l’EHPAD. Le contenu exact dépend du contrat de séjour et des prestations proposées.

Le financement des soins: le rôle de l’Assurance Maladie et des ARS

La section soins est la partie la plus clairement séparée du reste. Elle est intégralement prise en charge par l’Assurance Maladie, dans le cadre du financement de la branche Autonomie et de la régulation opérée avec les agences régionales de santé.

Elle finance notamment:

  • le personnel soignant nécessaire à la prise en charge médicale et paramédicale;
  • le matériel médical utilisé dans l’établissement;
  • les dépenses correspondant aux soins intégrés au fonctionnement médicalisé de l’EHPAD;
  • une partie des moyens destinés à assurer la continuité et la sécurité des soins.

Le financement n’est pas versé selon le montant de la facture individuelle de chaque résident. Il s’inscrit dans le budget global de l’établissement, sous le contrôle des autorités compétentes. L’ARS intervient dans la programmation et la régulation de l’offre médico-sociale, tandis que les règles nationales déterminent le cadre dans lequel les crédits sont attribués.

Cette organisation distingue donc le prix payé par le résident de la dépense réelle engagée pour les soins. Le résident peut être fortement dépendant et nécessiter une prise en charge médicale importante sans que cette intensité augmente directement son tarif d’hébergement. Le coût correspondant relève du budget soins.

Ce que le forfait soins ne couvre pas nécessairement

Le terme « soins » ne doit toutefois pas être interprété comme une prise en charge universelle de toute dépense de santé. Le forfait concerne les charges intégrées au budget soins de l’EHPAD. Il ne transforme pas l’établissement en régime général de remboursement.

Des dépenses peuvent rester soumises à d’autres règles: consultations ou interventions extérieures, produits non intégrés au forfait, frais personnels, équipements particuliers ou actes dépendant du parcours de soins du résident. La nature exacte de la dépense et son mode de prescription déterminent alors le financeur.

La distinction est également importante lors de l’examen d’une facture. Une famille qui constate une hausse du montant mensuel ne doit pas supposer que cette hausse correspond à une augmentation du coût médical de la personne. Le tarif facturé peut évoluer en raison du prix de l’hébergement, du niveau de dépendance retenu ou des aides accordées, sans modification du financement du forfait soins.

Le cadre de gouvernance: de la convention tripartite au CPOM

La loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement a fait évoluer le cadre de pilotage des EHPAD. À partir de 2017, les contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens, ou CPOM, ont progressivement remplacé les anciennes conventions tripartites conclues avec l’ARS et le conseil départemental.

Le CPOM ne supprime pas la séparation entre les sections tarifaires. Il organise sur plusieurs années les objectifs de l’établissement, ses engagements de qualité, ses moyens et les modalités de suivi budgétaire. Il inscrit l’EHPAD dans une logique de contractualisation plus large, au lieu de limiter la relation administrative à une série de décisions tarifaires annuelles.

Pour les familles, cette évolution est peu visible sur la facture. Elle a pourtant une conséquence importante: le financement de l’établissement s’inscrit dans une trajectoire négociée avec les autorités de tarification. Le niveau de moyens, les objectifs d’accompagnement et les engagements de qualité ne sont pas indépendants de ce cadre.

La dépendance et la grille AGGIR: une tarification modulée selon les besoins

La section dépendance finance l’accompagnement rendu nécessaire par la perte d’autonomie. Elle concerne les actes essentiels de la vie quotidienne: aide à la toilette, habillage, déplacements, prise des repas ou maintien de la sécurité lorsque la personne ne peut plus accomplir seule ces gestes.

Le tarif dépendance est déterminé à partir de la grille AGGIR, qui classe les personnes selon six groupes iso-ressources, de GIR 1 à GIR 6. Ces groupes ne constituent pas une simple mesure médicale. Ils évaluent le degré d’autonomie de la personne à partir de ses capacités dans les actes de la vie courante et de la nécessité d’une aide ou d’une surveillance.

Les six GIR sont regroupés en trois niveaux tarifaires:

1. GIR 1-2: dépendance forte, avec besoin d’aide important et, pour les personnes les plus dépendantes, présence nécessaire pour de nombreux actes essentiels;

2. GIR 3-4: dépendance moyenne, avec besoin d’aide régulière pour certains actes mais autonomie conservée sur d’autres;

3. GIR 5-6: dépendance faible ou absence de dépendance significative au sens de la grille.

Le tarif dépendance de l’établissement comporte ainsi trois niveaux. Les résidents classés en GIR 1-2 correspondent au niveau de dépendance le plus élevé. Ceux classés en GIR 3-4 relèvent d’un niveau intermédiaire. Les personnes en GIR 5-6 sont associées au tarif le plus faible.

Cette classification ne constitue pas un diagnostic définitif de l’état de santé. Elle peut être réévaluée si l’autonomie évolue. Elle ne doit pas non plus être confondue avec le niveau de soins requis, qui relève d’une autre appréciation. Une personne peut avoir un niveau de dépendance élevé sans que toutes les dépenses de santé liées à son état soient facturées au titre de la dépendance.

Le rôle de l’APA en établissement

L’allocation personnalisée d’autonomie, ou APA, contribue au financement du tarif dépendance pour les résidents classés en GIR 1 à 4. Elle est versée dans le cadre départemental et ne couvre pas indistinctement toutes les sommes dues à l’EHPAD.

L’APA en établissement réduit la part du tarif dépendance restant à payer. Elle ne finance donc ni l’intégralité de la facture mensuelle, ni le tarif hébergement. Le montant dépend notamment du niveau de dépendance, des ressources du résident et des règles appliquées par le département.

Les personnes classées en GIR 5-6 ne bénéficient pas de l’APA au titre de la dépendance en établissement. Elles acquittent le ticket modérateur correspondant au tarif dépendance applicable à ce groupe. Ce ticket modérateur constitue une participation minimale liée à la dépendance, y compris lorsque la personne ne relève pas de l’APA.

Le département ne verse pas nécessairement l’aide sous une forme identique dans tous les territoires. Les modalités administratives, les pièces demandées et l’organisation de l’évaluation peuvent varier. Le principe reste cependant le même: l’APA intervient sur la section dépendance, et non sur la totalité du prix de séjour.

Pourquoi deux résidents peuvent payer des montants différents

Deux personnes installées dans le même EHPAD peuvent avoir des factures différentes pour plusieurs raisons:

  • leur classement GIR n’est pas identique;
  • leurs ressources ne produisent pas le même montant d’APA;
  • l’une bénéficie d’une aide au logement et l’autre non;
  • l’une a obtenu l’ASH, tandis que l’autre ne remplit pas les conditions;
  • le tarif hébergement a évolué selon les règles applicables à l’établissement et à la date d’admission;
  • des prestations complémentaires sont facturées à l’une des personnes.

Le prix affiché par l’EHPAD ne suffit donc pas à calculer le reste à charge. Il faut distinguer le tarif théorique de chaque section et les aides effectivement attribuées. Une annonce mentionnant un tarif journalier d’hébergement ne donne pas, à elle seule, le montant que la famille devra financer chaque mois.

L’hébergement: la part principalement supportée par le résident

La section hébergement regroupe les dépenses liées à la vie quotidienne dans l’établissement. Elle comprend notamment l’hôtellerie, la restauration, l’entretien, l’animation et les prestations liées à l’occupation de la chambre.

Cette section est principalement financée par le résident. C’est elle qui explique souvent la plus grande part du reste à charge, car elle n’est pas liée au niveau de dépendance de la personne. Une personne classée en GIR 2 et une personne classée en GIR 6 peuvent donc acquitter le même tarif hébergement dans un même établissement, alors que leur tarif dépendance diffère.

Le tarif hébergement doit être examiné avec précision dans le contrat de séjour. La chambre, les repas et l’entretien courant ne résument pas nécessairement toutes les prestations comprises. À l’inverse, certaines dépenses peuvent être facturées en supplément, notamment lorsqu’elles correspondent à une prestation optionnelle ou à une demande particulière.

Le prix demandé n’est pas uniquement le reflet de la taille de la chambre. Il dépend aussi du statut de l’établissement, de son mode de financement, de son implantation géographique, de son niveau de prestations et du cadre tarifaire qui lui est applicable. La comparaison entre deux EHPAD n’a de sens que si les prestations incluses sont rapprochées à périmètre équivalent.

Les aides au logement: une réduction ciblée

Selon la situation de l’établissement et celle du résident, une aide au logement peut réduire le tarif hébergement. Il peut s’agir de l’APL ou de l’ALS, selon les conditions applicables.

Ces aides ne couvrent pas la dépendance et ne prennent pas en charge les soins. Elles ont pour fonction de réduire la charge liée au logement et à l’hébergement. Leur montant dépend notamment des ressources, du statut du logement et des règles propres à chaque dispositif.

La demande doit être distinguée des démarches liées à l’APA. Les deux aides ne répondent pas au même objectif et ne sont pas instruites par les mêmes circuits. Une famille qui dépose uniquement un dossier d’APA ne demande pas automatiquement une aide au logement.

L’ASH, un dispositif plus large mais soumis à conditions

L’aide sociale à l’hébergement, ou ASH, peut intervenir lorsque les ressources du résident ne permettent pas de régler le tarif d’hébergement. Elle relève du conseil départemental et s’applique dans un cadre particulièrement encadré.

L’ASH n’est pas une remise commerciale accordée par l’EHPAD. Elle repose sur une appréciation des ressources et peut tenir compte de la situation familiale, notamment au regard de l’obligation alimentaire. Le département examine les revenus du demandeur et, selon les règles applicables, la contribution potentielle de certains proches.

Le bénéfice de l’ASH suppose également que l’établissement soit habilité à l’aide sociale, sauf situations particulières prévues par les textes. Un établissement qui n’est pas habilité ne peut pas être présenté comme automatiquement accessible à l’aide sociale, même si le résident remplit une condition de ressources.

Le calendrier de la demande est déterminant. Les conditions d’admission, les délais d’instruction et les effets financiers peuvent varier selon le département. Une famille qui attend plusieurs mois avant d’engager la démarche peut se retrouver confrontée à des sommes avancées et à une situation administrative plus difficile à régulariser.

L’obligation alimentaire et la récupération sur succession

L’ASH peut mobiliser l’obligation alimentaire prévue par le droit civil. Les proches susceptibles d’être concernés ne sont pas automatiquement tenus de payer l’intégralité de la facture. Leur contribution est examinée en fonction de leurs ressources et de leur situation.

Le dispositif peut également donner lieu à récupération ultérieure par le département, notamment sur la succession du bénéficiaire ou dans d’autres hypothèses prévues par les règles de l’aide sociale. Cette perspective ne doit pas être dissimulée lors de l’étude du financement. Elle ne signifie pas que toute somme versée sera nécessairement récupérée dans tous les cas, mais elle fait partie du cadre juridique de l’ASH.

La décision doit donc être prise à partir du coût immédiat et des effets à plus long terme. Pour une famille, l’ASH peut rendre possible l’entrée dans un établissement adapté. Elle implique en contrepartie un examen complet de la situation financière et patrimoniale.

L’APA réduit le coût de la dépendance; l’ASH et les aides au logement peuvent réduire celui de l’hébergement. Ces dispositifs ne se substituent pas les uns aux autres.

Lire une facture d’EHPAD sans confondre tarif et reste à charge

Une facture mensuelle d’EHPAD doit être décomposée selon la période facturée, le tarif hébergement, le tarif dépendance et les aides effectivement déduites. Le résident ne doit pas seulement regarder le montant final: les lignes qui le composent déterminent les démarches à effectuer en cas d’erreur.

Une lecture rigoureuse suit généralement cette séquence:

1. Identifier le tarif hébergement journalier applicable à la chambre et à la date d’admission. Le document doit préciser les prestations incluses et les éventuels suppléments.

2. Identifier le tarif dépendance correspondant au classement GIR. Il faut vérifier si le tarif appliqué correspond au niveau retenu par l’évaluation.

3. Vérifier la déduction de l’APA lorsque le résident est classé en GIR 1 à 4 et que l’aide a été accordée.

4. Repérer le ticket modérateur GIR 5-6, qui reste dû selon la situation de la personne.

5. Contrôler les aides au logement ou l’ASH, lorsqu’elles ont été notifiées et doivent apparaître dans le calcul.

6. Séparer les prestations optionnelles des tarifs réglementaires ou contractuels de base.

7. Comparer la période facturée avec les dates d’entrée, de sortie, d’hospitalisation ou d’absence prévues par les règles de facturation.

Cette méthode permet de distinguer une erreur de calcul d’un montant simplement élevé. Une facture importante n’est pas nécessairement irrégulière; elle peut résulter d’un tarif hébergement élevé ou de l’absence d’une aide encore en cours d’instruction. À l’inverse, une erreur de classement, une aide non déduite ou une prestation facturée deux fois doit être signalée à l’établissement et, si nécessaire, à l’autorité compétente.

Le contrat de séjour comme document de référence

Le contrat de séjour indique le prix de journée, les prestations proposées et les conditions financières de l’accueil. Il doit être lu avant la signature, mais aussi conservé pour toute contestation ultérieure.

Le document permet notamment d’identifier:

  • le tarif hébergement applicable;
  • les conditions de révision du prix;
  • les prestations incluses dans le forfait;
  • les services facturés en supplément;
  • les règles applicables aux absences et hospitalisations;
  • les modalités de dépôt ou d’avance éventuels;
  • les conditions de résiliation ou de fin de séjour.

Les brochures commerciales sont insuffisantes pour établir le coût réel. Le contrat et les documents tarifaires officiels ont une portée plus précise. La famille doit également demander le détail des frais non compris dans le tarif de base, surtout lorsque l’établissement propose des services complémentaires.

Le financement de l’EHPAD entre régulation nationale et décisions départementales

Le financement d’un EHPAD implique plusieurs institutions. L’Assurance Maladie prend en charge le budget soins. Le conseil départemental intervient principalement sur la dépendance par l’APA et sur l’aide sociale à l’hébergement. L’ARS participe à la régulation de l’offre médico-sociale et au pilotage du financement des soins.

Cette répartition explique les différences territoriales. Les politiques départementales peuvent influer sur les modalités de l’APA, l’instruction de l’ASH et l’accompagnement administratif des familles. Les tarifs hébergement peuvent également varier fortement selon le statut et les caractéristiques de l’établissement.

Le cadre national fixe les principes, mais la mise en œuvre n’est pas entièrement uniforme. La tarification d’un EHPAD privé commercial, d’un établissement public ou d’un établissement associatif habilité à l’aide sociale ne se construit pas de la même manière. La présence ou l’absence d’une habilitation à l’ASH peut modifier radicalement la capacité d’une personne aux revenus modestes à financer son séjour.

Le financement EHPAD, ARS et département ne doit donc pas être analysé comme un circuit unique. Il s’agit d’un système coordonné, mais fragmenté. Chaque financeur intervient sur un périmètre différent, avec ses propres procédures et ses propres critères.

Le rôle des CPOM dans la trajectoire budgétaire

Les CPOM organisent les relations entre l’établissement et les autorités de tarification sur plusieurs années. Ils peuvent fixer des objectifs relatifs à la qualité de l’accompagnement, à la gestion des ressources, à la coopération territoriale ou à l’évolution de l’offre.

Cette contractualisation vise à donner davantage de visibilité aux gestionnaires et aux autorités publiques. Elle ne garantit pas une stabilité absolue de la facture pour le résident. Le tarif hébergement demeure soumis aux règles qui lui sont applicables, tandis que les besoins de l’établissement peuvent évoluer selon sa population accueillie, ses effectifs et ses obligations réglementaires.

Pour les familles, l’enjeu est surtout de ne pas interpréter le CPOM comme un mécanisme de plafonnement général du reste à charge. Le CPOM encadre la relation budgétaire et les objectifs de l’établissement; il ne supprime ni le tarif hébergement, ni les conditions d’accès aux aides.

Vers une simplification: l’expérimentation du forfait unique

Le modèle ternaire fait actuellement l’objet d’une expérimentation visant à fusionner les forfaits soins et dépendance. L’article 82 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025, qui modifie la loi de financement pour 2024, prévoit cette expérimentation dans 23 départements.

L’objectif est de créer un forfait global unique relatif aux soins et à l’entretien de l’autonomie. La logique serait de réduire la séparation administrative entre deux sections aujourd’hui financées selon des circuits différents: les soins par l’Assurance Maladie, la dépendance principalement par le département et l’APA.

Cette évolution pourrait simplifier la gestion budgétaire des établissements. Elle ne signifie pas automatiquement que le tarif hébergement disparaîtra ou que le reste à charge des résidents diminuera. Le périmètre de l’expérimentation, ses modalités financières et ses effets concrets doivent être distingués de l’annonce d’un principe de fusion.

L’expérimentation ne permet pas encore de conclure à une généralisation nationale. La date exacte d’une éventuelle extension à l’ensemble des départements n’est pas établie dans les éléments disponibles. Il serait donc prématuré de présenter le forfait unique comme le nouveau régime applicable à tous les EHPAD.

Ce qui pourrait changer pour les établissements

La fusion des forfaits soins et dépendance pourrait modifier la manière dont les établissements construisent leur budget, négocient leurs moyens et rendent compte de leurs dépenses. Une enveloppe commune donnerait potentiellement davantage de souplesse dans l’affectation des ressources consacrées à la prise en charge de la perte d’autonomie et aux soins.

Cette souplesse aurait toutefois une contrepartie: la nécessité d’un contrôle précis de l’utilisation des crédits. La frontière entre accompagnement de la dépendance et prise en charge sanitaire deviendrait moins visible dans la présentation budgétaire. Les autorités devraient donc maintenir une traçabilité suffisante pour vérifier que les moyens correspondent aux besoins des résidents.

Le changement pourrait également modifier les relations entre l’ARS et le conseil départemental. Le financement actuel repose sur une répartition institutionnelle claire, même si elle est complexe. Un forfait unique suppose une coordination accrue et des règles de gouvernance adaptées.

Ce qui ne change pas nécessairement pour les familles

Pour le résident, la fusion des forfaits soins et dépendance ne produira pas automatiquement une nouvelle facture plus simple. Le tarif hébergement restera une composante distincte tant qu’aucune réforme ne modifiera cette section. Les aides individuelles, notamment l’APA ou l’ASH, dépendront des règles retenues dans le cadre de l’expérimentation.

La question centrale sera celle du reste à charge. Une réforme de la structure budgétaire peut rendre le pilotage plus cohérent sans réduire le prix payé par la personne accueillie. Elle peut aussi déplacer certaines lignes de financement sans modifier le montant global dû par le résident.

Toute présentation de la réforme doit donc répondre à trois questions séparées:

  • le forfait unique modifie-t-il le financement interne de l’établissement?
  • modifie-t-il le montant ou les conditions de l’APA?
  • modifie-t-il le tarif hébergement et le reste à charge mensuel?

Tant que ces réponses ne sont pas uniformes et stabilisées, la tarification ternaire reste la grille de lecture de référence pour comprendre la facture d’un EHPAD, sous réserve des départements engagés dans l’expérimentation.

Ce que la tarification ternaire permet réellement de comprendre

Le modèle ternaire présente une logique juridique et budgétaire cohérente. Il sépare les soins, la dépendance et l’hébergement afin d’identifier le responsable financier de chaque catégorie de dépenses. Il permet aussi de rappeler un point souvent mal compris: les soins ne sont pas une charge directe du résident dans le budget de l’EHPAD, puisqu’ils sont couverts par l’Assurance Maladie.

Ses limites sont ailleurs. La facture finale reste difficile à lire parce que les aides ne s’appliquent pas aux mêmes sections. Le classement GIR détermine le niveau de dépendance, mais l’APA ne finance pas l’hébergement. L’ASH peut intervenir sur l’hébergement, mais selon des conditions de ressources et d’habilitation qui ne sont pas celles de l’APA. Les aides au logement répondent encore à une autre logique.

Pour évaluer correctement le coût d’une maison de retraite, quatre documents ou informations doivent être rapprochés: le tarif hébergement, le tarif dépendance lié au GIR, la notification des aides et le détail des prestations supplémentaires. Sans cette combinaison, le prix affiché ne constitue qu’une estimation partielle.

La tarification ternaire n’est donc pas un simple mode de présentation comptable. Elle détermine la répartition des financements publics et privés, le rôle de l’ARS et du département, ainsi que la nature des démarches à entreprendre. La réforme expérimentée dans 23 départements pourrait simplifier le financement des soins et de la dépendance, mais elle ne permet pas encore de conclure à une transformation générale du reste à charge.

En pratique, l’analyse doit rester ordonnée: les soins relèvent de l’Assurance Maladie, la dépendance est modulée par le GIR et l’APA, l’hébergement demeure principalement payé par le résident et peut être réduit par l’ASH ou une aide au logement. C’est cette séparation, davantage que le terme de tarification ternaire lui-même, qui permet de comprendre le coût réel d’un séjour en EHPAD.

Questions fréquentes

Pourquoi le tarif soins n'apparaît-il pas sur ma facture d'EHPAD ?
Le budget soins est intégralement financé par l'Assurance Maladie via la branche Autonomie et les agences régionales de santé, il n'est donc pas facturé directement au résident.
Comment est déterminé le tarif dépendance ?
Le tarif dépendance est fixé en fonction du classement GIR du résident, qui évalue son niveau de perte d'autonomie pour les actes de la vie quotidienne.
Quelles aides permettent de réduire le tarif hébergement ?
Le tarif hébergement peut être réduit par l'aide sociale à l'hébergement (ASH) sous conditions de ressources, ou par des aides au logement comme l'APL ou l'ALS.
L'APA couvre-t-elle la totalité de la facture d'EHPAD ?
Non, l'APA contribue uniquement au financement du tarif dépendance pour les résidents classés en GIR 1 à 4 et ne couvre ni l'hébergement ni les soins.
Qu'est-ce que l'expérimentation du forfait unique en EHPAD ?
Il s'agit d'une expérimentation menée dans 23 départements visant à fusionner les forfaits soins et dépendance en un seul budget global pour simplifier la gestion des établissements.

Par Fernand Lafond