Transmissions ciblées en EHPAD : pourquoi ce protocole ?
Dans un EHPAD, une transmission ne consiste pas seulement à consigner ce qui s’est passé pendant un poste.

Transmissions ciblées en EHPAD: pourquoi ce protocole?
Elle doit permettre à l’équipe suivante de comprendre une situation, de repérer son évolution et de poursuivre les actions engagées sans repartir d’une information incomplète. C’est précisément l’objectif des transmissions ciblées en EHPAD: organiser le dossier de soins autour des événements significatifs pour le résident, plutôt que d’accumuler des notes narratives difficiles à exploiter.
La méthode repose principalement sur deux formats: le DAR — Données, Actions, Résultats — et le CDAR — Cible, Données, Actions, Résultats. Elle concerne les aides-soignants, les infirmiers, l’infirmier coordinateur, le médecin coordonnateur et, plus largement, tous les professionnels qui participent à l’accompagnement. Son intérêt n’est pas documentaire uniquement. Elle touche à la continuité des soins, à la coordination interprofessionnelle et à la traçabilité des décisions prises autour du résident.
Genèse et principes de la méthode DAR/CDAR: sortir de la narration générale
La méthode des transmissions ciblées s’inscrit dans le développement du Focus Charting, concept introduit par Suzanne Lampe dans les années 1980. Le principe était de remplacer la rédaction narrative générale par une organisation centrée sur des événements, des réactions ou des risques qui nécessitent une observation et une réponse de l’équipe.
Dans un dossier de soins traditionnel, les professionnels peuvent être tentés de décrire chronologiquement leur journée: toilette réalisée, repas pris, traitement administré, résident installé au fauteuil, absence d’événement particulier. Cette succession peut donner une impression de précision tout en laissant une question essentielle sans réponse: qu’est-ce qui mérite réellement d’être suivi?
La transmission ciblée inverse la logique. Elle ne cherche pas à tout raconter de la même manière. Elle distingue les éléments ordinaires, qui relèvent de la routine documentée par ailleurs, des situations qui modifient l’accompagnement ou appellent une vigilance particulière.
Une cible peut correspondre à plusieurs réalités:
- une modification de l’état de santé, comme une douleur nouvelle, une baisse de l’appétit ou une altération de la vigilance;
- un événement lié au risque de chute, à la dénutrition, à la déshydratation ou à une perte d’autonomie;
- une réaction humaine, par exemple une anxiété inhabituelle, une opposition aux soins ou un trouble du comportement;
- une difficulté dans le déroulement de l’accompagnement, notamment un refus de traitement, de repas ou de toilette;
- une évolution positive qui justifie la poursuite d’une stratégie, comme une meilleure participation aux soins ou une reprise de la mobilité;
- une situation nécessitant une coordination entre plusieurs professionnels ou une réévaluation du projet personnalisé.
La cible ne se réduit donc pas à un diagnostic médical. Elle peut concerner le vécu du résident, son comportement, ses habitudes, ses capacités fonctionnelles ou les conditions concrètes de son accompagnement.
Une transmission ciblée n’est pas un résumé du poste: c’est une information organisée autour de ce qui doit être compris, poursuivi ou réévalué.
Cette distinction a une conséquence pratique. Une note qui indique seulement qu’un résident a été « difficile » ne constitue pas une transmission exploitable. Elle ne précise ni les faits observés, ni la réponse apportée, ni l’évolution après cette réponse. À l’inverse, une cible formulée autour d’un refus inhabituel, décrite avec des données observables et suivie d’une action tracée, permet à l’équipe de comprendre la situation sans interprétation excessive.
La structure des transmissions ciblées: Cible, Données, Actions et Résultats
Le format CDAR comprend quatre éléments. Le format DAR commence directement par les données, lorsque la cible est déjà clairement identifiée dans le dossier ou dans le contexte. Dans les deux cas, l’objectif reste identique: relier une situation à des faits, une intervention et une évolution.
La cible: nommer le sujet de vigilance
La cible doit être concise et intelligible. Elle sert de point d’entrée dans le dossier de soins. Elle peut être formulée à partir d’un symptôme, d’un événement, d’un risque ou d’une réaction du résident.
Une formulation utile évite les jugements vagues. Les expressions telles que « comportement compliqué », « résident pénible » ou « état moyen » ne permettent pas de repérer ce qui s’est réellement produit. Elles mélangent l’observation et l’interprétation, sans fournir de base pour une décision.
Une cible plus opérante peut porter sur:
- une douleur lors des mobilisations;
- un refus de prise médicamenteuse;
- une diminution des apports alimentaires;
- une chute ou un quasi-accident;
- une agitation en fin de journée;
- une désorientation inhabituelle;
- une aggravation d’une plaie;
- une difficulté nouvelle lors de la toilette;
- une somnolence inhabituelle;
- une anxiété avant un rendez-vous ou un transfert.
La formulation doit rester suffisamment large pour donner du sens, mais assez précise pour éviter de transformer le dossier en catalogue de symptômes. La cible « alimentation » peut être pertinente si elle correspond à une évolution suivie. La cible « déjeuner refusé » décrit davantage un épisode ponctuel, qui devra être replacé dans une observation plus complète si la situation se répète.
Les données: distinguer les faits des interprétations
Les données rassemblent les éléments observés ou recueillis qui permettent de comprendre la cible. Elles peuvent être issues de l’observation directe, des propos du résident, des informations transmises par un proche ou d’un constat réalisé pendant un soin. La source de l’information doit rester identifiable lorsque cela est nécessaire à la compréhension de la situation.
La rédaction doit privilégier les faits concrets:
- ce que le résident dit ou fait;
- le moment et le contexte de l’événement;
- les signes observables;
- les changements par rapport aux habitudes connues;
- les conséquences sur le soin ou l’accompagnement;
- les éléments déjà présents dans le projet personnalisé ou les prescriptions.
La précision ne signifie pas qu’il faut multiplier les détails. Une transmission trop longue peut masquer l’information principale. Le dossier de soins doit permettre de retrouver rapidement le problème, son niveau de gravité apparent et les mesures prises.
Dans le cas d’une douleur, les données peuvent préciser le moment de survenue, la situation déclenchante, la zone concernée, le comportement observé et la réponse du résident aux propositions faites. Dans le cas d’un refus alimentaire, elles peuvent distinguer un refus d’un repas isolé d’une réduction répétée des apports, sans présenter cette différence comme acquise si elle n’a pas été observée.
Les actions: tracer ce qui a été fait et décidé
Les actions correspondent aux mesures mises en œuvre en réponse aux données. Elles peuvent relever du rôle propre d’un professionnel, d’une prescription, d’une adaptation de l’accompagnement ou d’une alerte adressée à un autre membre de l’équipe.
Cette partie doit permettre de comprendre la conduite adoptée. Elle peut inclure:
- une installation différente;
- une proposition renouvelée à un autre moment;
- une adaptation du rythme du soin;
- une surveillance renforcée;
- une transmission à l’infirmier;
- un avis sollicité auprès du médecin coordonnateur ou du médecin traitant;
- une information donnée à la famille lorsque la situation le justifie;
- une réévaluation inscrite dans le projet d’accompagnement;
- une mesure de prévention liée à un risque identifié.
La traçabilité de l’action ne doit pas laisser croire qu’une décision a été prise par un professionnel qui n’en avait pas la compétence. Le dossier doit distinguer l’observation, l’alerte, la décision médicale éventuelle et la mise en œuvre par les équipes. Cette distinction relève à la fois de la qualité des soins et de la sécurité juridique du dossier.
Les résultats: montrer l’évolution de la situation
Le résultat indique ce qui s’est produit après l’action. Il peut être immédiat, différé ou encore inconnu au moment de la transmission. Dans ce dernier cas, le dossier doit signaler qu’une réévaluation reste nécessaire.
Un résultat ne signifie pas nécessairement que le problème est résolu. Il peut faire apparaître:
- une amélioration;
- une absence de changement;
- une aggravation;
- une réponse partielle;
- un refus persistant;
- une information encore indisponible;
- la nécessité d’une nouvelle intervention.
La mention d’un résultat négatif ou incomplet n’est pas un échec documentaire. Elle indique au contraire que la situation doit rester active dans le suivi. Une transmission qui décrit une action sans préciser son effet laisse l’équipe suivante dans l’incertitude et favorise la répétition de mesures déjà inefficaces.
Le fonctionnement synthétique du DAR et du CDAR
| Élément | Fonction dans le dossier de soins | Exemple de contenu |
|---|---|---|
| Cible | Identifier le problème ou l’événement à suivre | Refus alimentaire inhabituel |
| Données | Décrire les faits observés et le contexte | Repas du midi peu consommé, résident plus somnolent qu’à l’habitude |
| Actions | Tracer les mesures prises et les relais effectués | Installation adaptée, proposition d’une boisson, information de l’infirmier |
| Résultats | Décrire l’évolution après l’intervention | Boisson acceptée, repas toujours très partiellement consommé, surveillance poursuivie |
Le DAR peut être utilisé lorsque la cible est déjà évidente dans l’organisation du dossier. Le CDAR ajoute une rubrique spécifique pour la faire apparaître immédiatement. Le choix entre les deux formats dépend du logiciel, des procédures de l’établissement et des habitudes de l’équipe. Il ne doit pas modifier le principe fondamental: une information pertinente doit être reliée à une réponse et à un suivi.
Appliquer la méthode au quotidien sans alourdir le dossier
Les transmissions ciblées ne sont efficaces que si elles sont utilisées de manière homogène. Un établissement peut disposer d’un logiciel performant et de procédures détaillées sans obtenir de meilleure coordination si chaque professionnel interprète différemment les rubriques.
L’enjeu n’est pas de transformer chaque acte courant en fiche détaillée. Les transmissions ciblées doivent conserver leur fonction de sélection. Lorsqu’un résident suit son accompagnement habituel, qu’aucune modification n’est observée et qu’aucune décision nouvelle n’a été prise, une traçabilité standardisée peut suffire selon les règles de l’établissement. En revanche, toute variation susceptible de modifier le suivi doit faire l’objet d’une information structurée.
Cette distinction peut être illustrée par trois situations.
Une situation sans évolution particulière
Un résident reçoit son accompagnement habituel, participe aux soins comme prévu et ne présente pas de modification observée. La transmission ne nécessite pas nécessairement une longue description narrative. L’équipe doit toutefois respecter les éléments de traçabilité prévus par le dossier de soins et les protocoles internes.
Une situation ponctuelle
Un résident refuse une toilette alors qu’il l’accepte habituellement. La transmission doit décrire le contexte, les propos ou comportements observés, la réponse apportée et le résultat obtenu. Si le soin est reprogrammé, cette information doit être accessible à l’équipe suivante. Si le refus se répète, la cible change de portée: il ne s’agit plus d’un événement isolé, mais d’une situation à analyser.
Une situation évolutive
Une résidente présente depuis plusieurs jours une diminution de ses apports, une fatigue accrue et une participation moindre aux activités. Chaque transmission ne doit pas simplement répéter la même phrase. Elle doit suivre l’évolution, préciser les actions déjà engagées et faire apparaître les éléments qui justifient une réévaluation.
La méthode évite ainsi deux excès opposés: la sous-traçabilité, qui fait disparaître les signaux faibles, et la surtraçabilité, qui noie les informations importantes dans des notes répétitives.
La qualité d’une transmission peut être évaluée à partir de plusieurs questions simples:
1. La cible permet-elle de comprendre immédiatement le sujet suivi?
2. Les données distinguent-elles les faits observés des suppositions?
3. L’action indique-t-elle qui a fait quoi ou quel relais a été sollicité?
4. Le résultat montre-t-il l’effet de l’intervention?
5. Une équipe qui prend le relais sait-elle ce qu’elle doit surveiller ou poursuivre?
6. L’information est-elle cohérente avec les prescriptions, le projet personnalisé et les autres documents du dossier?
7. La rédaction respecte-t-elle la confidentialité et les habilitations d’accès au dossier?
Ces questions ne constituent pas un formulaire supplémentaire. Elles servent à vérifier que le dispositif reste orienté vers l’accompagnement du résident, et non vers la seule production d’écrits.
La macrocible: synthétiser une étape du parcours du résident
Les cibles quotidiennes ne suffisent pas toujours à rendre lisible une évolution globale. Une entrée en établissement, un retour d’hospitalisation, une aggravation de la dépendance ou un changement majeur du projet d’accompagnement peuvent produire de nombreuses transmissions dispersées. La macrocible répond à ce problème de synthèse.
Elle permet de rassembler les éléments essentiels d’une étape du parcours du résident. Son rôle n’est pas de remplacer les transmissions quotidiennes, mais de les organiser autour d’un moment structurant.
À l’entrée en EHPAD
La macrocible d’entrée peut réunir les informations nécessaires à la compréhension de la situation initiale: habitudes de vie, niveau d’autonomie, risques repérés, traitements, capacités de communication, besoins d’aide et attentes du résident. Elle contribue à faire le lien entre les documents d’admission, l’évaluation réalisée par l’équipe et le projet personnalisé.
Elle doit cependant rester distincte d’un inventaire administratif. L’objectif est de donner aux professionnels une vision opérationnelle de la personne accompagnée. Une information qui ne modifie ni la surveillance ni les modalités d’accompagnement n’a pas nécessairement sa place dans cette synthèse.
Au retour d’hospitalisation
Le retour d’hospitalisation constitue une étape particulièrement sensible. Les informations disponibles peuvent provenir de plusieurs documents et interlocuteurs. Une macrocible permet de regrouper les changements intervenus: autonomie, état général, traitements, consignes de surveillance et rendez-vous à prévoir.
La transmission doit distinguer ce qui est confirmé de ce qui doit être clarifié. Une modification supposée du traitement ne peut pas être présentée comme une prescription validée sans document ou relais professionnel correspondant. La sécurité du dossier dépend de cette séparation entre information reçue, décision médicale et action engagée.
En cas d’aggravation globale
Une dégradation progressive de l’état de santé ne se résume pas toujours à une cible isolée. La macrocible peut alors rendre visible la combinaison de plusieurs éléments: fatigue, perte d’appétit, diminution de la mobilité, augmentation de l’aide nécessaire ou modification du comportement.
Cette synthèse aide l’équipe à éviter une lecture fragmentée du dossier. Chaque professionnel peut observer une partie de la situation; la macrocible permet de relier ces observations dans le temps. Elle peut également servir de support à une réunion pluridisciplinaire ou à une réévaluation du projet personnalisé.
La macrocible donne une profondeur temporelle au dossier: elle relie les événements successifs sans se substituer aux transmissions qui les documentent.
Traçabilité soignante et enjeux réglementaires
Dans un EHPAD, le dossier de soins n’est pas un simple outil de mémoire interne. Il participe à la continuité de l’accompagnement et permet de retrouver les observations, les alertes, les décisions et les réponses apportées. La traçabilité doit donc être suffisamment structurée pour être comprise par un professionnel qui n’était pas présent au moment de l’événement.
Les transmissions ciblées sont également mobilisées dans les démarches d’évaluation de l’accompagnement et de la dépendance. Elles peuvent faciliter la documentation des situations prises en compte dans les grilles PATHOS et GIR, à condition de ne pas être rédigées artificiellement pour produire un niveau de dépendance déterminé.
La grille AGGIR sert à apprécier le niveau de perte d’autonomie à partir des activités réalisées ou non par la personne. Le modèle PATHOS analyse quant à lui les besoins en soins requis pour certaines situations pathologiques ou médico-techniques. Les transmissions ne remplacent pas ces évaluations et ne permettent pas, à elles seules, de fixer un classement. Elles apportent des éléments de contexte et d’évolution susceptibles d’éclairer l’analyse professionnelle.
Cette nuance est importante. Une rédaction orientée vers la valorisation systématique des difficultés peut dégrader la fiabilité du dossier. À l’inverse, des transmissions trop générales peuvent sous-documenter les besoins réels du résident. La qualité repose sur une description fidèle, datée, contextualisée et cohérente avec les autres pièces du dossier.
Le cadre réglementaire impose par ailleurs une vigilance sur l’accès aux informations. Les transmissions contiennent des données relatives à la santé, à l’autonomie, aux habitudes et parfois à la vie familiale du résident. Elles doivent être accessibles aux professionnels habilités qui en ont besoin pour leur mission, mais ne peuvent pas être diffusées sans contrôle. L’informatisation ne supprime pas cette exigence; elle la rend plus visible, notamment à travers les historiques de consultation et de modification.
La traçabilité doit enfin permettre de distinguer plusieurs niveaux de responsabilité:
- l’observation réalisée par un professionnel;
- l’information transmise à l’infirmier ou à un autre référent;
- la décision prise dans le cadre de la compétence concernée;
- l’action exécutée;
- la réévaluation du résultat.
Cette chaîne évite qu’une mention ambiguë fasse croire qu’une alerte a été traitée alors qu’elle a seulement été lue, ou qu’une consigne a été donnée alors qu’elle n’a pas été validée.
Sécuriser la coordination: ce que la méthode change réellement
Les transmissions ciblées ne suppriment pas les échanges oraux entre les soignants. Elles les complètent. Une situation urgente, une modification rapide de l’état de santé ou une décision nécessitant une réaction immédiate doit faire l’objet du relais adapté, sans attendre la saisie dans le dossier.
L’écrit joue toutefois un rôle différent. Il conserve l’information, permet de la retrouver et rend visible son évolution. L’oral facilite la réaction immédiate; l’écrit assure la continuité et la vérifiabilité du suivi. Opposer les deux supports conduit à une mauvaise organisation.
Selon la Haute Autorité de santé, une traçabilité rigoureuse et structurée contribue à réduire de 40 % les erreurs de coordination dans le suivi des soins. Ce chiffre doit être compris comme un résultat associé à la qualité de la traçabilité et de la coordination, non comme la promesse automatique d’une baisse des erreurs dès qu’un établissement installe un formulaire DAR ou CDAR.
La méthode ne produit des effets que si plusieurs conditions sont réunies.
Une formation commune
Les aides-soignants, infirmiers et cadres doivent partager une définition similaire de la cible, de la donnée et du résultat. Sans formation commune, certains professionnels rédigent des récits très longs, tandis que d’autres utilisent des formules trop brèves pour être utiles.
La formation continue en gérontologie peut intégrer des exercices à partir de situations concrètes: refus de soins, chute, perte d’appétit, agitation, retour d’hospitalisation ou évolution de la dépendance. L’objectif n’est pas de faire apprendre des phrases types, mais d’entraîner la distinction entre fait observé, hypothèse et décision.
Des procédures compatibles avec le travail réel
Une procédure qui exige une saisie exhaustive après chaque soin risque d’être contournée ou remplie mécaniquement. Le dispositif doit correspondre à l’organisation des postes, au niveau d’équipement informatique et aux temps réellement disponibles.
Cela ne signifie pas que la contrainte de temps justifie des transmissions imprécises. Cela signifie que la direction, l’encadrement et l’équipe doivent définir quelles informations sont prioritaires et à quel moment elles doivent être saisies. L’outil doit soutenir le travail, non ajouter une couche documentaire sans effet sur le suivi.
Un logiciel correctement paramétré
Dans un dossier de soins informatisé, les rubriques doivent être compréhensibles et accessibles rapidement. Une architecture qui mélange les transmissions ciblées, les observations libres, les prescriptions et les comptes rendus peut rendre la lecture difficile.
Le paramétrage doit également éviter les doublons. Lorsqu’une donnée est saisie plusieurs fois dans des espaces différents, le risque d’incohérence augmente. L’équipe doit savoir quel support fait référence pour chaque type d’information.
Une relecture managériale orientée vers la qualité
Le cadre de santé ou l’infirmier coordinateur peut repérer les défauts récurrents: absence de résultats, cibles trop vagues, confusion entre observation et interprétation, traçabilité insuffisante des alertes. Cette relecture ne doit pas devenir un contrôle formel de la quantité d’écrits.
La question centrale reste celle de l’utilité clinique et organisationnelle: le professionnel qui prend le relais comprend-il la situation et sait-il ce qui doit être poursuivi? Une transmission volumineuse mais inutilisable ne répond pas à cet objectif.
Les limites à ne pas masquer
La méthode DAR/CDAR présente une structure claire, mais elle ne règle pas les problèmes d’organisation à elle seule. Elle ne compense ni une équipe insuffisante, ni une absence de coordination, ni des responsabilités mal définies. Elle ne remplace pas le raisonnement clinique, l’évaluation gériatrique ou le dialogue avec le résident.
Elle comporte aussi un risque de mécanisation. Lorsque les professionnels remplissent les rubriques par habitude, le dossier peut donner une apparence de conformité sans véritable suivi. Les formules répétées, les résultats identiques d’un jour à l’autre et les cibles copiées sans réévaluation réduisent la valeur de l’outil.
Une autre limite concerne la fragmentation de l’information. Un résident peut présenter simultanément un risque de chute, une baisse des apports et une désorientation. Si chaque sujet est documenté séparément sans synthèse, l’équipe peut ne pas percevoir l’aggravation globale. La macrocible, les réunions pluridisciplinaires et le projet personnalisé restent nécessaires pour articuler les dimensions médicales, fonctionnelles et sociales.
Enfin, la transmission ciblée ne doit pas devenir un instrument de justification a posteriori. La sécurité juridique du dossier repose sur la sincérité et la chronologie des écrits. Une note ajoutée tardivement doit être identifiable comme telle selon les règles du logiciel et de l’établissement. Une information ne doit pas être reformulée pour donner l’impression qu’une action a été décidée avant l’événement si ce n’était pas le cas.
Ce que les établissements doivent retenir
Les transmissions ciblées en EHPAD ont une fonction précise: rendre les situations significatives visibles, compréhensibles et suivies dans le temps. La méthode CDAR formalise cette logique autour d’une cible, de données, d’actions et de résultats. Le DAR applique la même structure lorsque la cible est déjà identifiée.
Le dispositif est pertinent lorsqu’il permet:
- de repérer rapidement une modification de l’état du résident;
- de distinguer les faits des interprétations;
- de connaître la réponse apportée par l’équipe;
- de vérifier si cette réponse a produit un effet;
- d’organiser les relais entre aides-soignants, infirmiers, médecin coordonnateur et autres intervenants;
- de documenter les évolutions utiles aux évaluations PATHOS et GIR;
- de sécuriser la continuité du dossier de soins;
- de conserver une trace cohérente des décisions et des responsabilités.
Son efficacité dépend toutefois de la qualité de l’organisation qui l’entoure. Une méthode bien nommée mais mal comprise ne produit qu’un classement supplémentaire dans le dossier. À l’inverse, une équipe formée, un logiciel cohérent et des règles de transmission partagées peuvent transformer l’écrit en véritable outil de coordination.
Le point décisif reste donc simple: une transmission doit permettre au professionnel suivant de savoir ce qui s’est passé, ce qui a été fait et ce qui doit encore être surveillé. Tout le reste relève du format.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre les méthodes DAR et CDAR ?
Qu'est-ce qu'une cible dans le cadre des transmissions en EHPAD ?
Pourquoi faut-il éviter les termes comme « comportement compliqué » dans les transmissions ?
À quoi sert la macrocible dans un dossier de soins ?
Les transmissions ciblées remplacent-elles les échanges oraux entre soignants ?
Par Fernand Lafond