Conseils aux patients
Vieillir en bonne santé : les clés d'une gériatre pour anticiper la perte d'autonomie
D'après un entretien publié ce 16 septembre dans Le Parisien avec la Pre Sylvie Bonin-Guillaume, présidente de la Société française de gériatrie et de gérontologie (SFGG), bien vieillir se construit…

« C'est quelque chose qui se prépare »: les conseils d'une gériatre pour vieillir en bonne santé
Dans bien des familles, la question de la santé d'un parent âgé surgit à l'occasion d'un épisode qui fait basculer le quotidien — et c'est souvent à ce moment-là qu'on mesure tout ce qu'on aurait pu préparer plus tôt. D'après un entretien publié ce 16 septembre dans Le Parisien avec la Pre Sylvie Bonin-Guillaume, présidente de la Société française de gériatrie et de gérontologie (SFGG), bien vieillir se construit en réalité bien en amont de ces ruptures. À l'occasion du Congrès européen de gériatrie qu'elle coorganise cette semaine à Lille, la spécialiste rappelle que ce temps discret de la prévention est celui où tout se joue, pour les proches comme pour les personnes concernées.
L'écart entre deux espérances, tel que les aidants le vivent
La gériatre le pointe d'emblée: en France, on vit plus longtemps qu'autrefois, mais l'écart se creuse entre l'espérance de vie totale et l'espérance de vie en bonne santé. Pour nous qui accompagnons un parent, ce constat n'a rien d'une statistique de rapport public. Il se traduit concrètement par des années supplémentaires de cohabitation, de vigilance partagée, d'aménagement du logement, de rendez-vous médicaux à caler dans des emplois du temps déjà saturés — tout ce tissage discret qui tient la vie à bout de bras quand l'autonomie recule, et qui épuise aussi celles et ceux qui s'en chargent au quotidien.
L'écart entre les deux espérances de vie, c'est précisément cette zone grise que les familles connaissent intimement: ni la vie pleinement autonome d'avant, ni la dépendance installée qui ouvre l'accès à une aide plus structurée. C'est souvent dans cet entre-deux que se prennent les décisions qui comptent — accepter ou différer un passage en établissement, repenser l'organisation du domicile, renégocier les rôles au sein de la fratrie, et finalement préserver ce qui peut encore l'être de la dignité de chacun.
Préparer le grand âge avant la porte de l'EHPAD
Coorganisatrice du Congrès de Lille, qui se tient de mercredi à vendredi, la Pre Bonin-Guillaume défend une approche où la préparation du grand âge commence dès la vie active, et pas seulement lorsque la maison de retraite devient une option à étudier. L'entretien du Parisien en développe plusieurs leviers — nutrition, activité physique adaptée, attention portée aux petits signaux du corps, dialogue précoce avec les professionnels et avec la famille élargie — qu'on ne prétend pas résumer ici.
Ce qui frappe dans la manière dont la spécialiste les présente, c'est leur dimension profondément collective. Prendre soin de sa santé à soixante ans, c'est aussi aménager la suite pour ceux qui viendront — conjoints, enfants, amis, voisins. Les familles que nous croisons dans nos enquêtes le constatent régulièrement: les décisions d'orientation les moins douloureuses, en établissement ou à domicile, sont celles qui ont été esquissées plusieurs années auparavant, au fil de conversations plutôt qu'au détour d'une urgence de semaine ou d'un week-end.
Le tempo qui se cultive, modestement
Pour les lecteurs qui s'interrogent sur ce qu'ils peuvent commencer à faire concrètement, l'enseignement principal tient en peu de mots: prendre la prévention au sérieux pendant les années où l'autonomie tient encore, plutôt que d'attendre que la dépendance dicte l'agenda. Rester attentif à son alimentation, conserver une activité physique adaptée à son état, ne pas repousser les échanges avec son médecin traitant, accepter d'aborder tôt ses fragilités avec ses proches — chacun de ces gestes peut paraître modeste, et c'est justement ce qui en fait la valeur. Bien vieillir, rappelle en substance la gériatre interrogée par Le Parisien, n'est pas une affaire de chance isolée; c'est un tempo qui se cultive, et dont héritent ensuite tous ceux qui gravitent autour.