Soins & Thérapies
Activité physique adaptée : comment la HAS transforme le mouvement en soin thérapeutique
Selon la Haute Autorité de Santé, plus de 30 % des adultes français n'atteignent pas les recommandations de l'OMS en activité physique.

À l'occasion de « Septembre Bouge », l'autorité rappelle ses travaux: depuis 2018, une soixantaine de documents — guides, fiches par pathologie, fiches patients — pour faire de l'activité physique adaptée (APA) une thérapeutique non médicamenteuse reconnue. Sur le papier, le dossier est solide. Sur le terrain, dans les EHPAD et les cabinets, le réflexe reste à construire.
APA validée, terrain en retard
L'opération « Septembre Bouge », portée par le ministère des Sports, sert de vitrine. La HAS y associe un travail de fond: intégrer l'APA dans le parcours de soins des maladies chroniques. Diabète de type 2, cancers — dont celui de la prostate —, personnes âgées, enfants, adultes en situation de handicap, femmes enceintes: des fiches existent, ciblées par pathologie ou état de santé.
Sur le diabète, le message est tranché. Selon la HAS, l'AP régulière, couplée à une alimentation adaptée, constitue le traitement de première intention. Elle réduit le recours aux antidiabétiques oraux et à l'insuline, diminue l'insulinorésistance, améliore l'équilibre glycémique. Pour l'arthrose, autre maladie chronique articulaire qui touche massivement les résidents, la convergence est nette avec les spécialistes du mouvement.
Le mouvement comme traitement: ce que confirme le terrain rhumatologique
Le 17 septembre, journée mondiale de l'arthrose, le Pr Yves Henrotin le martelait: « il ne faut pas subir son arthrose, le patient peut devenir acteur de sa prise en charge. Le mouvement fait partie du traitement ». L'arthrose n'est pas une usure inéluctable du cartilage liée à l'âge, rappelle le spécialiste de l'Université de Liège — c'est une maladie de l'articulation entière, où les facteurs modifiables (poids, muscle, sédentarité, sommeil, psychologie) priment sur la seule prescription d'antalgiques.
Le discours recoupe celui de la HAS. Mais dans l'EHPAD, combien de kinésithérapeutes passent vraiment du temps sur du renforcement musculaire structuré? Combien de médecins coordinateurs prescrivent une APA plutôt qu'un comprimé de plus?
Trois questions à poser, sans détour
Pour le patient ou la famille qui veut vérifier ce qui se passe réellement dans l'établissement ou au cabinet:
- Une APA est-elle prescrite — ou se contente-t-on de « un peu de marche dans le couloir »?
- Le programme est-il calibré sur les comorbidités (diabète, insuffisance cardiaque, troubles cognitifs, prostate)?
- Existe-t-il un suivi écrit, des objectifs chiffrés — ou reste-t-on sur du déclaratif?
La HAS a fait son travail d'éditeur. Reste l'application, et c'est là que le bât blesse. Tant que l'APA demeurera un vœu de rentrée sportive et non une ligne d'ordonnance effective, le réflexe santé ne dépassera pas l'affiche. Aux directions d'EHPAD, aux médecins traitants, de transformer la recommandation en pratique. Sinon, le patient restera spectateur — et la maladie, seul maître du calendrier.